19 May 2013
DOCUMENTAIRE Les prisons russes

Public Sénat

Les prisons russes, documentaire réalisé par Marie Lorand sur l'injustice sous le régime de Poutine, les prisonniers politiques,dont les Pussy Riot, les conditions de détention dans les prisons etdans les camps de rééducation.

http://www.publicsenat.fr/vod/documentaire/les-prisons-russes/131667
DOCUMENTAIRE
Les prisons russes
Diffusée le 13/05/2013
Durée : 52 minutes

Depuis sa réélection à la Présidence de la Fédération de Russie en mars dernier, Vladimir Poutine renvoit une image inquiétante de son pays. Une démocratie inachevée où manifester ses opinions politiques peut désormais coûter cher : dommages, intérêts et privation de liberté. La libéralisation de l'économie a fait émerger dans l'ex-empire soviétique une importante classe moyenne qui rêve d'argent et de démocratie. Mais la vieille oligarchie résiste, n'hésitant pas à poursuivre en justice ceux qui la gênent. Une Russie procédurière où 99% des décisions de justice aboutissent une condamnation, plus encore que sous Staline. Ce document réalisé par Marie Lorand lève le voile sur les prisons russes. Réalisé par Marie Lorand

19 May 2013
Entretien avec une Pussy Riot : "Dans ces camps, on ne soigne personne"

29/04/2013

France Info

Nicolas Richaud

Plus de six mois après son placement en liberté conditionnelle, Eketerina Samoutsevith, une des trois Pussy Riot condamnées pour "hooliganisme", s'est confiée au Mouv' et revient sur l'arrestation de son groupe, les conditions de détention du camp pénitentiaire où elle a été enfermée, mais aussi sur l'affaire Depardieu

Nadejda a toujours des problèmes de santé et sa situation se dégrade parce qu'elle est en permanence obligée de travailler. Dans ces camps, on ne soigne personne", révèle Eketerina Samoutsevith, une des trois Pussy Riot condamnées pour "hooliganisme" en août dernier, dans un entretien accordé au Mouv' et diffusé ce lundi.

L'affaire continue d'agiter la Russie. Le pays est sur le point de débattre d'une proposition de loi qui inscrirait le "délit d'offense au sentiment des croyants" dans le code pénal. Une conséquence directe de la contreverse.

Cette membre des Pussy Riot, placé en liberté conditionnelle depuis le procès en appel du groupe, revient dans cet entretien sur les conditions de détention de Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina qui sont elles toujours incarcérées dans des colonies pénitentiaires.

De la prière anti-Poutine à l'affaire Depardieu

"Maria fait bouger les choses dans son camp de travail pénitentiaire", confie t-elle. Cette autre membre du groupe avait commencé à écrire une plainte au parquet, les journalistes en ont eu vent et la prison a été contrainte de lâcher du lest craignant la pression publique.

"Ils ont rajouté des toilettes, elle a aussi obtenu des châles chauds pour toutes les prisonnières. Eketerina Samoutsevith évoque également les circonstances de l'arrestation des Pussy Riot, l'impact de la prière anti-Poutine en Russie, l'histoire Depardieu et sa demande d'obtention de la nationalité russe...

"Incitation à la haine religieuse"

L'affaire Pussy Riots commence le 21 février 2012. Ce jour là, ce groupe de punk féministe se produit dans la cathédrale du Christ saint-sauveur à Moscou, et entonne une "prière punk" anti-Poutine.

Cinq jours plus tard, une enquête est ouverte contre le groupe, accusé de "hooliganisme". M. Alekhina  et N. Tolokonnikova puis E. Samoutsevitch, sont arrêtées pour "incitation à la haine religieuse."

Le procès des trois jeunes femmes a lieu en août dernier. Elles sont alors emprisonnées depuis cinq mois et ont entamé une grève de la faim le mois d'avant.

Le 17 août, alors que des manifestations de soutien sont organisées dans le monde entier, elles sont finalement condamnées à deux ans de camp pénitentiaire et deviennent un énième symbole de la liberté d'expression muselée en Russie.

Lire l'article et écouter l'émission : http://www.franceinfo.fr/monde/dans-ces-camps-on-ne-soigne-personne-967845-2013-04-27

 

31 Oct 2012
Katia Samoutsevitch, des Pussy Riot : "Mon pays ressemble de plus en plus à la Biélorussie"

L'EXPRESS

Propos recueillis par , publié le 25/10/2012

AFP/Andrey Smirnov

 

Alors que deux activistes des Pussy Riot, Nadejda Tolokonnikova et Maria Aliokhina ont été déportées dans des camps où elle purgent leur condamnation à deux ans d'emprisonnement, une troisième, Ekaterina (Katia) Samoutsevich, a été libérée en appel le 10 octobre dernier. L'Express l'a rencontrée à Moscou.

Après sa libération le 10 octobre, Katia Samoutsevitch, l'une des trois membres des Pussy Riot jugées au début du mois, a répondu aux questions de L'Express alors ques ses deux amies ont été déportées dans des camps de travail, dans les régions de Perm et de Mordovie.  

Avez-vous été surprise par votre libération, le 10 octobre dernier, lors de votre procès en appel?

Oui. Je ne m'attendais pas du tout à être libérée. Toutes les trois - Nadejda, Macha et moi-étions convaincues que notre condamnation à deux ans d'emprisonnement serait confirmée. Je suppose que le pouvoir a décidé de faire une concession en raison de la campagne de solidarité internationale vis à vis des Pussy Riot. La pression était forte. Des stars comme Madonna ou Yoko Ono nous ont soutenues. Les représentants officiels de l'Etat russe se sont vus obligé de répondre à des questions gênantes de leurs homologues. 

Cela dit, le procès ne m'a pas innocenté. Il s'agit d'une libération conditionnelle. Au moindre faux pas, je peux me retrouver en prison. 

Etes-vous heureuse de respirer l'air de la liberté?

Il n'y a pas d'euphorie, ni de sentiment vraiment positif car Nadejda et Macha sont toujours derrière les barreaux. Je suis triste, aussi, de constater que mon pays ressemble de plus en plus à la Biélorussie. Des opposants politiques sont arrêtés ou convoqués pour des interrogatoires, comme Sergueï Oudaltsov. Partout en ville, les forces spéciales (les OMON) sont déployées et prêtes à agir à tout moment. Elles stationnent dans des bus a proximité de toutes les grandes places de Moscou afin de bloquer d'éventuels manifestants. 

Le changement d'avocat, que vous avez effectué une semaine avant le procès en appel, a-t-il joué un rôle déterminant dans votre libération?

Cela a joué un certain rôle. Mais notre ligne de défense n'a pas varié. Nous n'avons jamais cessé d'affirmer que notre procès était politique et que toute cette affaire avait été fabriquée. Ma nouvelle avocate a simplement ajouté quelques éléments à mon dossier en soulignant des erreurs dans le premier jugement du tribunal. En première instance, j'avais été condamnée pour des "chants et des danses criminels devant l'autel de la cathédrale Saint-Sauveur". Mais en réalité, les gardiens m'avaient interpellée avant que j'ai le temps de rejoindre les autres Pussy Riot déjà sur scène. Formellement, je n'ai pas participé à la "prière punk" des Pussy Riot. C'est sur cet élément que mon avocate a attiré l'attention des juges. 

Qu'allez vous faire maintenant ? Poursuivre votre lutte?

Je vais continuer mon activité parmi les Pussy Riot. Car notre groupe perdure. Mais dans l'immédiat, le soutien aux filles encore emprisonnées, Nadejda et Macha, mobilise l'essentiel de notre temps et de notre énergie. 

Revenons à votre fameuse "prière punk" de la cathédrale Saint-Sauveur. Quel était le message?

Notre lutte est "pour" et non pas "contre" 

Il y en avait plusieurs. Nous avons voulu attirer l'attention sur le problème de la fusion de plus en plus prononcée entre les hiérarques de l'église orthodoxe russe avec ceux du gouvernement russe. Ils ne font plus qu'un. Lors des élections législatives et présidentielles de 2011 et 2012, le patriarche Cyrille a appelé à voter pour le parti Russie Unie et pour Vladimir Poutine. C'est inacceptable dans une société laïque comme la nôtre. Mais notre message était également féministe. Il s'agissait de montrer que les femmes peuvent être des membres actifs de la société et organiser des actions politiques. 

Cette fameuse "prière punk" a choqué beaucoup de gens dans la société russe, y compris parmi des gens qui vous soutiennent? Avez-vous des regrets?

Je continue de penser que notre action était juste. Certaines personnes nous ont peut-être pas comprises mais cela est dû avant tout à la mauvaise présentation des faits par la télévision, qui est contrôlée à 100% par le pouvoir. Les chaînes nationales ont organisé une vraie campagne de chasse aux sorcières contre nous. Après notre arrestation, la télévision nous a accusées de blasphème. Notre performance artistique et féministe a été présentée comme un acte antireligieux. Ce qui est faux. 

La majorité des gens n'ont a aucun moment disposé des éléments permettant de comprendre le sens de notre action. Ensuite, après notre arrestation, nous avons été complètement isolées et dans l'incapacité de nous défendre et de nous expliquer. L'un des objectifs de la procédure judiciaire était tout simplement de nous faire taire, de nous neutraliser. 

Dans quel état psychologique se trouvent aujourd'hui Nadejda Tolokonnikova et Macha Alekhina?

Elles sont parties pour deux colonies pénitentiaires distinctes, l'une en Mordovie, l'autre dans la région de Perm. Avant leur départ, leurs proches et leurs amis leur manquaient. Mais elles étaient heureuses que je sois en liberté. Pour nous, une libération sur trois, c'est déjà une forme de victoire. 

Quelles étaient vos conditions de détention à Moscou?

Je me trouvais dans une cellule avec trois autres détenues. Sur nos lits superposés nos matelas étaient si minces qu'il était nécessaire d'y superposer un carton afin de nous protéger du treillis métallique qui s'enfonçait dans la peau. Notre cellule aurait du disposer d'une table, d'un téléviseur, d'un réfrigérateur, conformément à ce que prévoit la loi. Cependant, durant deux mois, nous n'avions pas de réfrigérateur ni de téléviseur. Dans une pièce d'un mètre carré se trouvait un lavabo et une cuvette. Une fois par semaine, on allait à la douche: trente minutes à se répartir à quatre personnes. En prison tous les jours se ressemblent. Pendant, la journée, les contrôles sont incessants: plusieurs fois par jour, les détenues doivent sortir dans le couloir, se compter à voix haute et signaler que tout va bien. D'autres part, les perquisitions sont fréquentes dans les cellules: l'administration cherche des téléphones portables. 

C'est dur de rester en tête-à-tête avec le poste de télévision d'où ne sortent que des mensonges 

La censure du courrier est la norme: l'administration lisait tout, mes notes, mes lettres. Les seules personnes qui avaient le droit de me voir étaient mon père et mes avocats. Du coup, je souffrais de l'absence d'ordinateur, d'internet et du téléphone. C'est dur de rester en tête-à-tête avec le poste de télévision d'où ne sortent que des mensonges. Cela m'a donné une idée de ce que pensent les Russes qui s'informent exclusivement par la télévision 

Comment était votre relation avec vos co-détenues?

J'étais en bons termes avec elles. Au début, elles ne comprenaient pas la démarche des Pussy Riot. Alors, je leur ai lu le texte de la chanson que nous avons chanté dans la cathédrale ("La soutane noir, les épaulettes dorées, tous les paroissiens rampent à genoux pour faire des courbettes ...") et elle ont compris. A la télé russe, personne n'a jamais évoqué le contenu de notre chanson. Les autorités n'avaient qu'un seul objectif: défigurer notre travail. Pendant le procès des Pussy Riot, mes camarades de cellule m'ont beaucoup soutenue moralement. Les journées d'audience étaient longues. Je me levais à 5 heures du matin et je rentrais du tribunal à minuit sans avoir rien mangé. Mes voisines gardaient mon repas, le chauffaient. Elles m'attendaient toujours. 

Vous avez été séparée de Macha et Nadejda pendant plusieurs mois...

Elles me manquaient énormément. Les meilleurs moments, c'était quand toutes les trois nous nous retrouvions dans le camion qui nous emmenait au tribunal. On pouvait parler de tout, et pas seulement du procès. 

Etiez au courant de l'ampleur du mouvement de solidarité internationale qui s'est constituée au fil des mois?

C'était compliqué d'apprécier le niveau de ce soutien. Mais mes avocats m'ont montré les images de Madonna avec le nom Pussy Riot sur son dos. J'ai beaucoup apprécié, aussi, le prix octroyé par Yoko Ono aux Pussy Riot. Cette reconnaissance nous a fait du bien. Mes avocats m'ont également montré la liste des intellectuels russes qui ont signé la pétition demandant notre libération au moment de notre détention préventive, avant le premier procès. Les autorités ont présenté cette mobilisation de la société civile comme une tentative de faire pression sur les juges et comme une opposition de l'intelligentsia russe à la Justice. Encore un mensonge. 

Contre qui luttez-vous aujourd'hui: le pouvoir ou l'église?

Je formulerais autrement : notre lutte est "pour" et non pas "contre". Pour les libertés civiles, pour les droits des femmes, pour la liberté de l'expression et de la parole. Mais les autorités déforment ce que nous disons.

09 Sep 2012
Pussy Riot, les chattes qui chatouillent la Russie

Libération

7/09/2012

De la formation de leur groupe féministe à leur coup d’éclat dans la cathédrale moscovite, retour sur le parcours des trois jeunes artivistes russes condamnées à deux ans de camp pour une prière anti-Poutine.

Par HÉLÈNE DESPIC-POPOVIC

On l’appelle la Bastille jaune à cause de sa tour épaisse et quasi aveugle et de ses murs de briques jaunes. C’est dans cette maison d’arrêt, de facture moderne, que sont détenues les trois militantes de Pussy Riot, condamnées le 17 août à deux ans de prison pour avoir chanté une prière punk dans la cathédrale du Christ-Sauveur, la plus grande église de Moscou, un acte jugé blasphématoire. Curieusement, la partie de la prison où se trouvent les détenus, principalement des femmes, est coincée entre un bâtiment administratif et le monastère Nicolo-Perervinski qui la domine de toute la hauteur de ses coupoles bleues. De quoi conforter des filles qui ont dénoncé la collusion de l’Eglise orthodoxe russe et de l’Etat.

Le Sizo 6, comme s’appelle la maison d’arrêt - sizo, pour isolateur, on ne saurait être plus clair - se trouve à Moscou, mais tout au bout de la ville, dans le quartier de Petchatniki, une banlieue perdue où il n’y a plus de métro, encore moins de banque, et même pas de café. C’est là que les familles viennent rencontrer leurs proches, encore prévenus ou fraîchement condamnés en attente d’un appel ou d’un transfert vers un établissement pénitentiaire. Après avoir franchi toutes les étapes d’un vrai parcours du combattant.

Une histoire d’intellect

Ce mercredi, cinq jours après la condamnation des jeunes femmes, Piotr Verzilov, le mari de Nadejda Tolokonnikova, Nadia de son diminutif, a dû partir de chez lui à 5 h 30 pour avoir une chance de voir sa femme. En cinq mois, c’est la seconde fois qu’il est autorisé à lui rendre visite. Il l’a bien sûr vue lors de son procès, alors qu’elle était assise avec Katia (Ekaterina Samoutsevitch) et Macha (Maria Aliokhina), ses deux amies et coaccusées, dans «l’aquarium», le nom donné à la cage de verre construite au tribunal Khamovniki pour le procès du magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski, les traditionnels barreaux étant décriés par les associations des droits de l’homme.

Ce mardi-là donc, Piotr, silhouette fluette dans sa chemise à carreaux rouges, arrive à la prison dès potron-minet. Par chance, il n’y a que dix-sept personnes devant lui. Il pourra donc voir sa femme dès 11 heures. Il est ému, mais ne veut pas le montrer. Entre eux, dit le jeune homme de 26 ans, c’est une histoire d’intellect. Il a rencontré Nadia en janvier 2007 à l’université de Moscou, où la jeune fille de 17 ans était arrivée six mois plus tôt de sa Sibérie natale pour étudier la philosophie. Elle l’a séduit par sa culture. «Je n’avais jamais rencontré une fille si jeune qui avait déjà tant lu sur l’art contemporain. J’étais admiratif.» En 2008, Nadia donnera une autre version de leur rencontre sur le blog d’un ami artiste : «Je voulais aider une camarade qui préparait un examen sur le bouddhisme. J’ai appelé un copain qui est venu avec Piotr. Il a commencé à m’expliquer le management japonais. J’ai pensé "comme il est bizarre" !»

Si ce n’est pas le coup de foudre, c’est quand même une histoire d’amour : «Tout s’est passé très vite», dit Piotr. Le couple se marie fin 2007. Leur enfant naît au printemps suivant. Entre-temps, la jeune femme, déjà enceinte, est partie en Espagne. Elle en revient avec la conviction qu’elle ne pourrait pas vivre en Europe : «En Espagne, j’avais l’impression de ne pas être dans un pays mais dans un magasin. Partout, des croissants brillants, des petits cadeaux. Tout y est peaufiné. J’ai besoin de quelque chose de plus rude. Depuis mon enfance, je ne rêve que de situations extrêmes.»

A son retour, Nadia se lance avec Piotr dans l’art politique. Ils participent à l’aventure Voïna («guerre»), un groupe d’artistes contemporains fondé en 2005 par des étudiants de philosophie de Moscou et de Saint-Pétersbourg qui veut réveiller les consciences russes par de nouvelles formes d’expression, fondées sur l’art de rue et la vidéo. «A l’époque, l’opposition politique classique était insignifiante», rappelle Piotr. L’opposition non communiste disparaît même du Parlement après les législatives de décembre 2007. Elle laisse place à une agitation fébrile dans les milieux artistiques. Les deux jeunes gens participent ensemble à «au moins 30 actions qui ont attiré l’attention des médias», relève Piotr, qui joue aujourd’hui le rôle semi-officiel d’attaché de presse des Pussy Riot, quitte à agacer bon nombre de jeunes femmes qui insistent sur leur féminisme. Il cite, entre autres performances, une parodie de lynchage d’homosexuels jouée lors de l’arrivée du maire de Moscou, un homophobe notoire, ou l’entrée en force dans un poste de police pour y accrocher le portrait de Dmitri Medvedev, le dauphin de Poutine qui le remplaça entre 2008 et 2012, alors qu’il n’était pas encore élu. «Les policiers étaient pris de court, ils pensaient que nous étions un groupe de jeunes proches du Kremlin», s’amuse Verzilov.

«Baise pour le nounours héritier»

Les forces de l’ordre ne feront rien non plus quand, à l’intérieur du musée des Sciences naturelles de Moscou quelques jours avant l’élection de Medvedev, plusieurs jeunes couples du collectif artistique, dont Piotr et Nadia, font l’amour en public devant un ours empaillé. L’action s’appelle «Baise pour le nounours héritier», et dénonce le jeu de chaises musicales que vient d’initier Poutine, qui ne se présente pas à sa succession car il ne peut briguer un troisième mandat consécutif de président, avec son dauphin désigné pour lui chauffer la place. «Nous voulions montrer que, de la même manière que la pornographie est une imitation du sexe, nos élections sont une imitation de la démocratie», explique Verzilov. La vidéo de cette action sera utilisée par la propagande officielle pour souligner la prétendue amoralité des artistes lors du procès expéditif monté contre les Pussy Riot en août.

Agée de 18 ans, Nadia était alors enceinte jusqu’aux yeux. Elle accouche quatre jours plus tard d’une petite fille à laquelle elle donne le nom de Gera, la femme de Zeus (Hera en grec), déesse de la fécondité. «L’enfant était en retard et j’espérais que faire l’amour accélérerait l’accouchement», a-t-elle raconté quelques mois plus tard au concepteur de Voïna, Alexeï Ploutser-Sarno, qui l’interrogeait sur son blog. L’action n’avait rien à voir avec le sexe, confie-t-elle dans sa prison avant le verdict à la journaliste Zoïa Svetova : «Je suis asexuelle. Je me suis servie de mon corps comme le peintre se sert de ses couleurs.»

Piotr et Nadia quittent Voïna fin 2009. Le groupe explose entre une fraction basée à Moscou et le reste des membres à Saint-Pétersbourg. «Nous étions allés au bout de ce que nous pouvions faire ensemble», estime Piotr, qui se veut indifférent aux accusations lancées par ses anciens camarades. Ceux-ci lui reprochent en particulier d’avoir mis la main sur les archives du groupe. Après la rupture avec Voïna, Piotr se lance dans l’activisme politique. On le retrouve dans les batailles contre la destruction de la forêt de Khimki à l’été 2010 comme dans tous les mouvements de la société civile qui apparaissent au tournant de la nouvelle décennie. «C’est un remarquable organisateur, un vrai manager de la politique», relève Mark Feïguine, l’avocat de sa femme. Dans ces mouvements, Verzilov côtoie tous ceux qui surgiront sur la scène politique lors des manifs anti-Poutine de l’hiver 2011-2012 : Iouri Chevtchouk, le chanteur culte du groupe DDT, ou bien le blogueur Alexeï Navalny, qu’il appelle son ami.

C’est dans l’opposition que Mark Feïguine rencontre, en 2010, Nadia, lors d’un débat contradictoire dans un café de Moscou. Il est un libéral de droite, elle est de gauche. Elle apprécie Eva Joly, José Bové ou Daniel Cohn-Bendit, se souvient l’avocat. Ils s’affrontent sur les relations entre l’art et la politique. «Je soutenais qu’il fallait faire des manifestations classiques, avec des banderoles et des slogans ; elle défendait les happenings, plus susceptibles, disait-elle, d’avoir un impact sur la société. Lors de ma dernière visite à la prison, elle m’a dit : "Tu vois, j’avais raison."» Leur débat suivait la fallacieuse mise en accusation pour trafic de drogue d’un jeune artiste sibérien de 22 ans. Artem Loskoutov avait eu la mauvaise idée - de l’avis des bien-pensants - de manifester à la fin de meetings officiels, dont le traditionnel défilé du 1er mai, avec des banderoles d’un contenu surréaliste ou en criant : «Je n’ai pas de slogan.» Après avoir suivi ces «monstrations» (et non démonstrations, comme on appelle les manifestations en russe), les rieurs ne pouvaient plus que pouffer au passage des cortèges de partis.

«Poutine a pissé dans son froc»

Cette manière de tourner la politique en dérision deviendra par la suite la marque de fabrique des Pussy Riot, qui forment leur groupe en septembre 2011. «Alors que Voïna devient de plus en plus provocateur, de plus en plus agressif, un comportement qui débouche sur le vandalisme, explique le critique d’art Andreï Erofeev, Pussy Riot choisit une autre attitude, celle de la dérision, du paradoxe et de l’absurde.» Les jeunes femmes sont des copines. «A l’été 2010, elles ont passé des vacances ensemble en Crimée. Elles se réunissaient à la maison», se souvient Stanislav Samoutsevitch, le père de Katia, âgé de 73 ans. Ingénieure en électronique comme ses parents, Katia, 30 ans, la plus âgée des chattes encagoulées, a abandonné son job d’informaticienne pour se consacrer à la photo. Fils d’un caméraman, son père, veuf, ne désapprouve pas la reconversion de sa fille dans la photo et l’art. Mais il n’est pas vraiment au courant des activités du groupe, exclusivement féminin. Un jour de novembre 2011, la police l’appelle pour lui dire de venir chercher Katia. «Elles avaient fait une performance dans le métro et avaient été interpellées. Les services de sécurité étaient venus. Mais il n’y avait pas de délit, pas de préjudice, alors personne ne savait quoi faire. Je leur ai dit : "Vous allez vous attirer des ennuis." Elles ne m’ont plus jamais parlé de leurs activités.» Cette action dans le métro, où les jeunes femmes ont embrassé des flics et des fliquettes, une performance signée «Embrassez l’ordure», a eu peu d’écho. Voïna, par exemple, l’a désavouée.

Puis vient décembre. Furieuse de s’être fait voler les élections législatives, la jeunesse est dans la rue. La chanson punk, la dérision, n’est plus qu’un aspect de la parole devenue libre. Les Pussy Riot sont avec les manifestants. Le 5 décembre, Piotr Verzilov est interpellé avec 80 autres personnes, et condamné à dix jours de prison. Nadia et ses copines viennent chanter devant la prison. «Je ne pouvais pas les voir, mais je les ai entendues. Les gens applaudissaient. J’étais surpris et ravi», raconte-t-il. Les Pussy Riot se radicalisent. Le 20 janvier, neuf d’entre elles chantent sur la place Rouge : «Poutine a pissé dans son froc.» «Les photos de la performance font alors le tour du monde, raconte Piotr. On a entendu dire que Poutine était mécontent. Et on a senti autour de nous se resserrer la surveillance du FSB [l’héritier du KGB, ndlr].» Comment cela se sent-il donc ? «Je retrouvais par exemple la fenêtre de la chambre de ma fille ouverte. J’y voyais un signe : attention, sinon ta fille aura des problèmes.»

Mais rien n’arrête les jeunes artistes. «C’est une génération élevée après la chute du communisme. Elle n’a pas le réflexe de peur génétique qu’avaient les Soviétiques. Elle ne craint rien ni personne, ni les flics ni le goulag. C’est le visage de la nouvelle opposition russe», commente la journaliste Zoïa Svetova.

Cette fois-ci donc, les filles vont dénoncer l’Eglise orthodoxe, très proche du régime. «En deux mois, le patriarche Kirill a changé plusieurs fois d’attitude. Il a d’abord dit en décembre qu’il fallait écouter la rue, pour finalement en février faire campagne pour Poutine», s’indigne Piotr. Les Pussy Riot préparent leur action. «La cathédrale du Christ-Sauveur a été choisie parce que c’est la plus grande église de Moscou, explique le jeune artiste. Mais aussi parce qu’elle a été reconstruite dans les années 90 d’une manière très particulière. La Russie n’avait pas d’argent, alors le maire de l’époque, Iouri Loujkov, a réuni les mafieux ou oligarques - mais dans ces années-là ce n’était pas très différent -, et il leur a demandé des millions de dollars, sinon ils seraient emprisonnés. Cette église a toujours été liée à l’argent. On y a fait, par exemple, l’article de téléphones portables incrustés de diamants, ou des revues de mode avec des femmes à moitié nues.»

Ce n’est donc pas par hasard que cinq jeunes chattes encagoulées, revêtues de leurs robes et de leurs collants de couleur vive, débarquent ce 21 février à 11 heures dans la cathédrale et prennent place sur l’estrade située devant l’autel, un espace interdit aux femmes. Il y avait cinq ou six fidèles, une quinzaine de personnes employées par la cathédrale, gardiens, vendeurs de chandelles et de souvenirs. Le groupe s’était fait accompagner par des photographes des agences de presse ainsi que leurs propres vidéastes. «La sécurité a demandé aux filles de partir. La police a fait la même chose. Elle n’a même pas cherché à imposer une amende. Mais lorsque le clip est sorti, les autorités ont pensé qu’elles devaient agir.» A la veille de la présidentielle, alors que la rue restait agitée, n’était-ce pas l’occasion rêvée d’attirer l’opinion traditionnelle du côté du pouvoir ?

«On m’a demandé si j’avais des liens avec la CIA»

Le 3 mars, la police passe à l’action. «Quand nous avons quitté l’endroit où Nadia et moi nous étions retrouvés, raconte Piotr. Des hommes bien habillés ont sorti leurs armes et crié : "Nous sommes le FSB." Comme dans un film. Puis ils nous ont fait entrer dans de luxueux véhicules et nous ont conduits au quartier général de la police.» Les époux sont interrogés séparément. «On m’a demandé si j’avais des liens avec la CIA !» Piotr est relâché, mais sa femme est placée en garde à vue. «Je pense qu’ils voulaient aussi arrêter Piotr, dit Mark Feïguine, mais ils ont craint les répercussions diplomatiques, car il a aussi la nationalité canadienne, et puis il y a l’enfant de 4 ans. Cela aurait fait un scandale.» Cette nationalité canadienne, Piotr, fils d’un physicien et d’une enseignante en dramaturgie, l’a obtenue en passant quelques années à Toronto, chez des cousins, pendant ses études secondaires, achevées l’année suivante à Tokyo.

Deux heures plus tard, la police arrêtait Katia Samoutsevitch, la photographe, et Maria Aliokhina, l’écologiste, bénévole dans des associations charitables orthodoxes. Selon Verzilov, c’est la peur du scandale qui explique que les deux autres membres des Pussy Riot qui avaient entonné la «prière punk» aient été laissées en paix. Mais Piotr est «sûr qu’ils connaissent leur identité». Une certitude qui aurait poussé les deux jeunes femmes à fuir la Russie, ainsi que l’a annoncé le groupe il y a une semaine sur son compte Twitter.

«Des filles fortes, tenaces et audacieuses»

La propagande officielle, qui aime à présenter les jeunes opposants comme des privilégiés, devra déchanter. Aucune des filles arrêtées n’appartient à la jeunesse dorée. Au chômage, Katia vit grâce à la retraite de son père. Macha, 24 ans, qui a un petit Filip de 5 ans qu’elle élève avec son compagnon, est étudiante. Nadia et Piotr font des petits boulots. Aucun d’eux n’a les moyens de s’offrir un avocat. Leurs défenseurs, âgés de moins de 40 ans, travaillent gratuitement. «Nous avons réinventé la tradition russe de l’avocat politique, née à la fin du XIXe et au début du XXe, souligne l’avocat de Macha, le plus jeune d’entre eux, Nikolaï Polozov, 31 ans. Sous Poutine, le travail de l’avocat est devenu semblable à celui d’un convoyeur de fonds. Il prend l’argent de ses clients pour corrompre les juges et le parquet. Ce n’est pas pour ça que j’ai fait du droit.»

Nikolaï Polozov a commencé à s’impliquer dans la vie politique russe le 5 décembre, quand les premiers manifestants sont sortis protester contre la fraude aux législatives. «Ma collègue Violetta m’a dit : "Il faut aller dans les tribunaux et les commissariats. Il y aura des arrestations."» Il s’y est rendu, et a aidé à faire relâcher les jeunes. «J’ai compris que j’étais bien plus utile à faire ça qu’à scander des slogans.» C’est lui que Nadia, dont il vient de faire la connaissance, appelle un soir de décembre. On a cassé la porte du petit appartement que le couple habitait à la cité universitaire et emmené son mari, qui venait de sortir de prison où il avait purgé une peine de dix jours. Cette fois, ce n’est pas la police, c’est l’armée qui s’est soudain souvenue qu’il n’avait pas fait son service militaire. L’avocat accourt. Piotr a une dispense, martèle-t-il. «Le tribunal a reconnu que son arrestation était illégale.» C’est une victoire. Et un long parcours pour un jeune homme qui avoue piteusement qu’en 2000 il a voté pour Poutine, «contre le vieux Eltsine malade et les mafieux».

«Merde du Seigneur»

Après l’arrestation des Pussy Riot, Polozov laisse le cas de Nadia à son collègue Mark Feïguine, qui la connaît mieux. Il prend en charge celui de Macha. Parce qu’elle est croyante, le parquet croit avoir trouvé son maillon faible. A tort. «Les enquêteurs voulaient en casser une, la faire avouer et fonder toute l’accusation sur ces aveux. Ça n’a pas marché. Ces filles sont fortes, tenaces et audacieuses», dit l’avocat.

Les défenseurs peaufinent leurs arguments contre le verdict. «Tout est illégal, explique Polozov. Les autorités se sont servies de l’article du code pénal condamnant le hooliganisme motivé par la haine religieuse pour ne pas utiliser d’autres chefs d’accusation, comme l’extrémisme ou l’incitation à la haine religieuse car, avec ces qualificatifs, ils n’auraient jamais pu ni les maintenir en détention préventive ni leur donner une peine de prison ferme.» Et, en vrac, il énumère les biais du procès : la référence à des conciles chrétiens des VIIe et VIIIe siècles, l’appel à des experts non assermentés, le refus d’entendre les experts de la défense, ce dernier point étant un grand classique en Russie. A la fin du procès, même les témoins de l’accusation, le gardien et la vendeuse de chandelles, qualifiés de victimes car offensés dans leurs sentiments religieux, ont demandé à la cour de prononcer le sursis. Leur avocat dit qu’il réitérera cette position lors de l’appel si ses clients lui demandent de le faire. Et les porte-parole du puissant patriarcat ont demandé la clémence, mais après que la condamnation fut prononcée.

Ça s’agite de fait au sein de l’Eglise orthodoxe. De jeunes prêtres et laïcs au service de l’Eglise ont envoyé au patriarcat de violentes lettres de rupture. Ils rejoignent l’Eglise autonome, une Eglise dissidente formée des restes de l’Eglise des catacombes, de l’Eglise russe à l’étranger et d’évêchés comme celui de Souzdal. Ils disent ne pas vouloir «rester dans la même Eglise que des menteurs et des obscurantistes». Un propos qui revient comme un refrain.

A cause de ces poursuites que «vous avez initiées», écrit Sergeï Baranov, un prêtre en rupture de ban, «le monde ne considère plus seulement la Russie comme un pays agressif, mais aussi comme un pays obscurantiste sur le plan religieux». En raison de l’indignation que la condamnation a suscitée, l’affaire a certainement nui au Kremlin et au patriarcat. «Et Poutine et le patriarche cherchent à rejeter l’un sur l’autre la responsabilité de ce fiasco», relève Alexandre Soldatov, rédacteur en chef du site Portal-credo.ru. A Moscou, les croyants risquent de se détourner d’une Eglise trop proche du pouvoir. «Parmi les jeunes, l’opinion prévaut que les Pussy Riot sont une sorte de bouffons de Dieu [l’équivalent russe de nos bouffons du roi au Moyen Age, ndlr] qui ont le droit de dire la vérité sous forme satirique sur le parvis des églises. Pour eux, elles sont les porteurs du vrai christianisme.»

La chanson est très sévère pour les travers de l’Eglise officielle. En voici les paroles, selon la traduction faite par le site Enrussie.fr : «Sainte Marie, mère de Dieu, chasse Poutine/Chasse Poutine, chasse Poutine/Soutane noire, épaulettes d’or/Tous les paroissiens se traînent en génuflexions/Le fantôme de la liberté est aux cieux/La Marche des fiertés est envoyée enchaînée en Sibérie/Le chef du KGB, le saint patron/Conduit les manifestants en prison sous escorte/Afin de ne pas offenser Sa Sainteté/Les femmes, donnez naissance et aimez/Merde, merde, merde du Seigneur/Merde, merde, merde du Seigneur/Sainte-Marie, mère de Dieu, deviens féministe/Deviens féministe, deviens féministe/L’Eglise fait les louanges de dictateurs pourris/La procession sort de limousines noires/A l’école tu vas rencontrer le prédicateur/Va en classe lui apporter de l’argent ! Le patriarche [Kirill] Gundyaev croit en Poutine/Il vaudrait mieux que ce soit en Dieu/La ceinture de la Vierge ne remplace pas les meetings/La Vierge Marie est avec nous dans la protestation ! Sainte Marie mère de Dieu, chasse Poutine/Chasse Poutine, chasse Poutine.»

Le vers qui a le plus fait couler d’encre est le seul que l’on entend distinctement sur la très brève vidéo originale, et non sur le clip diffusé plus tard avec la chanson. C’est celui qui dit «sran gospodny», une expression qui signifie littéralement «merde du Seigneur» mais qui n’est pas plus virulente que le plus ordinaire des sacres québécois, ni plus violent que le très français «putain de merde». «Le théologien Andreï Kouraïev, de la faculté de Moscou, a lui-même dit qu’il s’agissait d’une expression par laquelle l’homme reconnaît son insignifiance face à Dieu, et non pas d’une insulte», relève Alexandre Soldatov.

Passé les querelles linguistiques, l’affaire a relancé le vieux débat sur les liens très spéciaux qu’ont entretenus le KGB et l’Eglise officielle à l’époque de Staline, après 1943. D’ici à se souvenir que Poutine vient du KGB et que le patriarche Kirill fut soupçonné d’avoir joué un rôle d’informateur pour cette organisation au sein de l’Eglise dans les années 60, il n’y a qu’un pas.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois dans cette Russie poutinienne que l’Eglise est appelée à la rescousse contre l’art contemporain. Ancien directeur du département d’art contemporain de la galerie Tretiakov à Moscou, Andreï Erofeev, fut lui-même jugé, en même temps que le directeur du musée Sakharov, pour avoir exposé des œuvres censurées. Le procès a traîné trois ans avec, dit-il «de faux experts et des témoins ramassés dans les églises pour jurer qu’ils se sentaient offensés». Mais, à l’époque, Medvedev était président, il se piquait de modernité, et les deux hommes ont échappé à la prison et écopé d’une amende. Pour le commissaire d’exposition russe, il est clair que «la société est en train de se resoviétiser rapidement. Pour le KGB, les artistes modernes ont toujours été des dégénérés».

 

Des propositions de Madonna et de Yoko Ono

Les Pussy Riot viennent d’être nommées pour le prix Kandinsky, décerné chaque année en décembre. «Leur clip est très fort, très réussi, surtout avec le chant du chœur orthodoxe. Cela a produit son effet. Ce n’est pas seulement la voix de nos enfants, c’est la voix du peuple qui crie : "Poutine, va-t-en"», estime le critique d’art. Dans leur prison, Macha, Katia et Nadia ne sont pas déstabilisées par les louanges. «Elles ne veulent pas de récompense financière, dit l’avocat de Nadia. Si elles obtiennent ce prix, d’une valeur de 50 000 euros, elles le remettront aux autres prisonniers politiques.» Nadia rit doucement quand elle entend que Playboy veut la mettre en une. «Elle se marre car elle sait que cela ne se fera pas», explique son mari. La préoccupation de la jeune femme est autre. Elle va se présenter aux élections virtuelles qu’organise l’opposition les 20 et 21 octobre pour désigner un comité représentatif de 45 personnes. «Avec sa popularité, elle sera certainement élue», pense Piotr, qui songe aussi à être candidat. En attendant, ils sont déjà en campagne pour préparer la grande manifestation du 15 septembre, qui montre que l’opposition n’a pas l’intention de laisser le champ libre à Poutine.

Après des jours de démarches, nous arrivons enfin à rencontrer quelques chattes encagoulées dans un ancien abri antiaérien transformé en studio underground. Bien sûr, il ne s’agit pas des Pussy Riot qui étaient dans la cathédrale, mais d’autres jeunes femmes qui ont participé à des performances en ville. Elles ont la même détermination, la même pensée féministe, le même refus de la hiérarchie.

«Dans la société russe, la femme est à la fois subalterne et chef de famille, c’est insidieux», dénonce l’une d’entre elles. Elles se disent flattées des propositions de Madonna ou de Yoko Ono de les accompagner sur scène. Mais n’entendent pas y répondre. «Jamais nous ne nous produirons pour de l’argent devant des spectateurs ayant payé leurs billets.» C’est de l’art qu’elles font, pas du show-biz.

07 Sep 2012
Pussy Riot : chanter, danser, crier

Libération

4/09/2012

Par Elfriede Jelinek Ecrivaine, lauréate du Nobel de littérature 2004

Je me suis longtemps demandé comment je pourrais me déclarer solidaire avec les Pussy Riot. J’ai même écrit un petit texte que je voulais mettre sur mon site, avec une photo de moi, bouche couverte par un sparadrap ou sac en papier sur la tête. Je ne l’ai pas fait, d’une part parce que l’actionnisme n’est pas (n’est plus) mon truc, d’autre part parce que j’ai conscience du fait que je pourrais tout faire pour soutenir ces femmes alors qu’elles ne doivent pas pouvoir faire ce qui est de leur droit le plus strict : se produire en public dans une église (mon Dieu ! Et toi donc, sainte Vierge ! Nous nous connaissons depuis si longtemps, depuis l’école religieuse, déjà, alors dis-moi, sincèrement : est-ce que tu te sens profanée, maintenant ? Comment cela peut-il t’atteindre, Dieu de bonté, toi qui depuis toujours ne cesses de monter en puissance, quand les vedettes de la chanson, elles, sont en perte de vitesse dès qu’on cesse de s’y intéresser. Mais Dieu et sa mère, on peut s’y intéresser ou pas, il est toujours égal à lui-même, Lui, on ne peut pas l’insulter, il est l’Etre par définition, dont ont besoin les humains, qui, eux, ne sont pas l’Etre, mais lui appartiennent. Ce qui ne signifie pas qu’ils lui appartiendraient aussi, à lui, Dieu. Ils décident eux-mêmes à qui ils veulent appartenir. Ils sont juste posés là, ils disent ce qu’ils ont à dire, car au commencement était le Verbe, et le Verbe appartient à qui se l’approprie, et dès ce moment-là il lui appartient aussi. Un Dieu en train de monter en puissance, dégageant par pelletées la place qu’il est lui-même, dans le silence qui est le sien, mais ses humains, eux, peuvent et doivent aussi pouvoir être bruyants s’ils le veulent, et chaque fois qu’ils le veulent).

Les humains répondent pour eux-mêmes (sans qu’on ait le droit pour autant de les battre et de les blesser) du fait qu’ils arrachent le Verbe au Néant dont ils proviennent (ou à la Création, c’est selon), pour dire ce qu’ils ont à dire.

Ces trois jeunes femmes, les Pussy Riot, ont chanté dans une église, comme il se doit, et elles ont dansé de façon un peu sauvage, une sorte de danse de Saint-Guy, comme il se doit quand, dans un Etat en route vers la totalité, les humains doivent prendre des libertés pour se faire entendre, ce qui est difficile, car tous les tiroirs sont déjà fermés, la porte est cadenassée et on est obligé de donner des grands coups de pieds dedans si on veut pouvoir soi aussi se dégager son espace, cette ouverture où l’on aura le droit, non, le devoir, de parler, chanter, danser, afin d’être écouté (et non pas mis sur écoute) ; et elles se sont exprimées contre leur président Poutine, dans une église, vous vous rendez compte, elles ont essayé de mobiliser contre lui la mère de Dieu, contre qui ont-elles blasphémé ? Contre Dieu ou contre Poutine ? Ou les deux sont-ils à mettre dans le même sac ? S’en prendre à Poutine, ce serait s’en prendre à Dieu ? A sa mère ? A l’Eglise ? Et on ne peut même pas dire que la protestation était légitime et que le droit à protester est un droit de l’homme, car la protestation, toute protestation qui se dresse contre l’atteinte aux droits fondamentaux, est un devoir, et non un droit.

Ces jeunes femmes avaient le devoir de danser, chanter, crier, elles n’avaient pas le choix. Il ne leur restait que ça à faire, si elles voulaient qu’il reste quelque chose d’elles, quelque chose de tous et de toutes. Le point critique est atteint quand plus aucune propagande n’est nécessaire à l’intérieur du système lui-même, parce que le contrôle est total.

Hannah Arendt fait bien la différence entre la doctrine d’Etat qui, à l’intérieur de la mobilisation, ne nécessite plus aucune propagande, et la propagande pure destinée au monde extérieur. Tout ce qui est parole, chant, cris, danse, et s’exprime en dehors de la propagande, doit être formellement broyé par la pression d’un monde extérieur sous contrôle, qui peut à tout moment basculer dans la terreur, un monde extérieur où au bout du compte la propagande elle-même n’a plus de raison d’être, car la menace vaut pour tout le monde, et c’est pour cela que nous devons tenir bon avec notre pression extérieure, que nous soyons des contestataires du régime dans le pays lui-même ou des observateurs critiques dans des pays étrangers, qui ne peuvent tout simplement pas regarder sans rien faire, qui ne peuvent pas tolérer ça.

Bon, et donc nous, nous sommes là et nous crions aussi (pour ce qui est de danser et de chanter c’est moins évident, en tout cas pour ce qui me concerne), bien que nous ne soyons pas citoyens de ce pays qui, en engageant des poursuites contre trois jeunes musiciennes - dont deux sont mères de jeunes enfants, qu’en dis-tu, sainte Vierge ? Toi, ton fils, on ne te l’a pris qu’une fois adulte ! -, a fait un pas vers la terreur, en considérant déjà comme une sorte de déclaration de guerre le simple fait que ces trois jeunes femmes puissent chanter, crier, danser.

Et puis nous avons une assistante, une espèce d’infirmière méchante, l’Eglise, qui vient se coller devant les puissants, le Puissant, tel un gigantesque épouvantail (et malheureusement, même en Occident le délit de blasphème commence à redevenir un sujet de discussion, je n’arrive pas à le croire ! Ça me sidère !), en agitant des drapeaux cousus d’or et en parlant de «hooliganisme par haine de la religion», drôle d’alliance en vérité, qui n’a rien de saint ! Il n’y a plus très loin de cette alliance aux ambulances dans lesquelles on entasse tous ces gens qui sont d’un avis différent de leurs dirigeants et qu’on tabasse à coups de matraques.

Dans un pays de camps de concentration, de prisons et de bagnes, où règne la paix des cimetières, la propagande n’est même plus nécessaire parce qu’on en est arrivé au point où l’on a atteint la perfection suprême de la terreur. Dans les camps de concentration nazis, la propagande était même interdite, devant des morts-vivants elle eût été un gâchis de temps et d’énergies, or il fallait réserver celles-ci à d’autres tâches, comme la maltraitance et l’assassinat des gens.

La propagande est le principal instrument dans le commerce avec le monde extérieur, mais la terreur est l’essence même, la plus profonde, la plus intime, de la domination totale. Une fois la terreur installée, elle règne indépendamment de tout, y compris des adversaires du régime. Elle est alors tout ce qu’il y a. Cela doit être empêché.

Quand j’ai jeté tout cela sur le papier, je n’arrivais pas à m’imaginer qu’on finirait vraiment par condamner ces femmes. Pour moi, c’était impensable.

Comme le bon tsar Poutine avait déclaré qu’il se satisferait aussi d’une peine légère (oui mais une peine est nécessaire, hein ? Après tout, elles ne prennent «que» deux ans chacune, et pas trois !), car il semblait penser qu’il lui revenait d’influer sur un verdict dont il faut bien reconnaître qu’il n’aurait jamais pu exister sans lui, je n’ai pas publié ce texte à l’époque, au début du procès, pour ne pas nuire aux trois femmes.

Maintenant, on leur a bel et bien nui. Moi, en tout cas, je ne peux plus leur nuire (et malheureusement je ne peux plus non plus les aider). Tout ce que je peux faire, c’est écrire cela. Et c’est mon droit.

L’incarcération de ces trois jeunes femmes (et leurs conditions de détention, qui tiennent manifestement de la torture et qu’elles appellent d’ailleurs ainsi) représente une sorte de nœud temporel. Il est encore temps que le pays revienne sur le terrain du droit, qui doit toujours se conquérir de haute lutte, oui, y compris en chantant, en gesticulant, en dansant, en criant, n’importe comment, pourvu que ce puisse être vu et entendu.

Mais si ces trois Pussy Riot devaient vraiment être enfermées, alors c’est la Russie tout entière qui s’enferme.

Alors la piste de danse, où qu’elle se trouve - et elle peut se trouver partout, elle le doit, d’ailleurs ! - est fermée.

Alors commence une autre danse, qui déjà maintenant me fait trembler de peur.

Alors, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas.

Car ce qui a été une fois, cela doit être su à tout jamais. Et la fois en question, nous l’avons déjà eue.

Et plus d’une fois.

Traduit par Patrick Démerin et Dieter Hornig.

21 Aug 2012
Pussy Riot : à quoi ressemble un camp de prisonnières russes ?

Le Nouvel Observateur

17/08/2012

A quoi ressemble la future vie des Pussy Riot ? Les trois membres du groupe de punk Anti-Poutine ont été condamnées vendredi 17 août à Moscou à deux ans de camp chacune pour "hooliganisme" et "vandalisme motivé par la haine religieuse".

Voici les conditions dans lesquelles elles vivront, selon les informations de l'administration pénitentiaire et une responsable de l'ONG moscovite Prison et Liberté, Elena Gordeeva, qui depuis des années visite ces lieux pour aider les détenues :

Les camps, hérités du Goulag selon "Le Figaro" sont des ensembles de bâtiments (administration, dortoirs des détenus, zone de travail...) entourés de palissades, de barbelés et de miradors, le plus souvent adossés à des villages. Les Pussy Riot seront chacune détenues dans des chambrées de 100 à 120 femmes, en uniforme, avec leur nom sur la poitrine. 

Le système pénitentiaire russe prévoit un seul type de détention pour les femmes, le camp à régime ordinaire. La palette est beaucoup plus large pour les hommes : camp à régime ordinaire, à régime sévère, à régime spécial, et prison. Actuellement, 47.000 à 59.000 femmes sont détenues (sur un total de 727.000 prisonniers) dans 46 camps en Russie.

Les vêtements chauds interdits

"Les journées se suivent et se ressemblent", raconte l'ex-prisonnière Maria Noel à "Libération". "On se lève à 5h15, gymnastique, ménage, petit-déjeuner, inspection, travail, inspection, déjeuner, travail, inspection, ménage..." D'après "Libé", les prisonnières doivent porter la jupe par tous les temps, et "les vêtements chauds sont interdits". "Corvéables à merci", elles doivent travailler dedans ou dehors, qu'il fasse -30°C ou -40°C.

Les détenues qui ont un travail au camp (moins de la moitié d'entre elles) gagnent 4 à 75 euros par mois. Un salaire ponctionner pour payer la nourriture et les produits de première nécessité. Le travail consiste généralement à coudre des uniformes pour l'administration pénitentiaire, l'armée et le ministère de l'intérieur.

Les prisonnières ont le droit de téléphoner, en général une fois par mois, mais la conversation ne peut dépasser 15 minutes. Contrairement aux hommes prisonniers, les détenues peuvent recevoir un nombre illimité de colis.

Les récidivistes et les femmes condamnées pour la première fois sont détenues dans des camps différents. Les Moscovites ne sont pas forcément envoyées dans l'un des deux camps situés dans la région de Moscou, mais peuvent se retrouver à des centaines de kilomètres de là.

Visites au compte-gouttes

Dans chaque camp coexistent trois régimes de détention : normal, allégé et sévère.
Le régime normal autorise six visites courtes (jusqu'à 4 heures) et quatre visites longues (jusqu'à trois jours) par an. Les visites longues permettent de se retrouver dans une pièce à part avec son mari ou des parents. La visite de non-membres de la famille peut être autorisée par l'administration.

Le régime allégé, réservé aux détenues bien notées, permet d'acheter nourriture et produits de première nécessité sans restriction et autorise deux visites longues supplémentaires.

Le régime sévère est appliqué - pour une période de trois mois - à celles qui ont violé le règlement : consommation d'alcool ou de drogue, refus d'obéissance ou insulte envers un membre de l'administration... Ces détenues sont isolées des autres, privées de téléphone et de visites, et enfermées dans des cellules d'où elles ne sortent qu'une heure et demie par jour pour prendre l'air.

Les camps sont censés être des lieux de réinsertion. Mais "quand une femme sort du camp, on lui donne 19 euros et un billet de train de troisième classe pour rentrer à la maison", raconte Maria Noel"Et tant pis si elle n’a plus de maison." 

En octobre dernier, un gardien d'un camp de femme de la région de l'Amour (Extrême-Orient russe) a été arrêté après la diffusion sur Youtube de vidéos le montrant en train de battre à coups de poing et de coups de pied deux prisonnières.

21 Aug 2012
Pussy Riot : «Ce procès, c'est dégueulasse»

Libération

17/08/2012

reportage A Paris, comme dans plusieurs autres villes dans le monde, se tenait ce vendredi un rassemblement de soutien aux Pussy Riot.

Par CORDÉLIA BONAL

Dans la petite foule, des taches roses, vertes, bleues fluo se détachent. Des cagoules de justiciers-bandits déjantés, bricolées dans des collants percés de deux trous pour les yeux. Les mêmes que celles adoptées comme uniforme par les Pussy Riot, dont trois des membres devaient être fixées sur le sort ce vendredi.

Au moment où, dans leur box du tribunal à Moscou, les trois jeunes femmes sous les verrous depuis leur coup d'éclat anti-Poutine le 21 février dans la cathédrale Saint-Sauveur attendaient le verdict, des rassemblements de soutien se sont tenus dans plusieurs villes à travers le monde ce vendredi. Signe de l’impressionnante notoriété qu’ont acquise, en quelques mois, Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Alekhina, 24 ans. Reconnues coupables de «hooliganisme», les téméraires activistes sont devenues, pour beaucoup, les nouvelles icônes de la contestation au pouvoir autoritariste de Poutine.

A Paris, Amnesty International, Osez le féminisme, la Ligue des droits de l’homme avaient déployé à la mi-journée leurs banderoles «Free Pussy Riot» près de la fontaine de la place Stravinski, à Beaubourg. Dans l’assistance d’une centaine de personnes, des militants de gauche, des féministes, beaucoup de Russes aussi. Venus là pour dénoncer un procès «inique et grotesque» (Amnesty), «une attaque contre les valeurs du féminisme, perçu par le pouvoir russe comme une attaque» (Osez le féminisme). Mais aussi pour rappeler, comme le fait Sacha Koulaeva, de la LDH, que l’affaire des Pussy Riot, pour être parlante, reste «un exemple parmi beaucoup d’autres de la dégradation de la liberté d’expression ces derniers temps en Russie».

«Tout juste un délit administratif»

A la tribune, Galia Ackerman, journaliste et historienne russe, explique la résonance internationale de l’affaire par le fait qu’elle «touche à une corde très sensible en Occident : ici, les artistes ont le droit, et même l’obligation de critiquer la société, c’est un droit considéré comme inaliénable».

Les prises de parole se succède en attendant un jugement qui ne vient pas. Postée un peu à l’ombre, Virginie Despentes trouve a tout ça «un peu des airs de réunion de couvent». L'écrivaine, dont le Baise-moi a été retiré de la vente en Russie, est venue par «évidence», parce qu’elle se sent «proche» de ces trois punkettes et parce que «la cause dont il est question ici, plus largement, c’est le féminisme».

Un peu plus loin, une jeune femme aux cheveux roses n’est qu'à moitié d’accord. Alex-June, 28 ans, est une musicienne d’origine chilienne. Elle trouve qu’on a collé un peu vite l'étiquette de féministes aux Pussy Riot. «Ce n’est pas un mouvement féministe, ce sont juste des jeunes femmes très courageuses qui expriment leur mécontentement face à un système qui ne marche pas. Ce procès qui leur est fait, c’est dégueulasse.»

Look plus sage mais même discours chez Natalia. Jeune avocate moscovite de 23 ans en voyage en Europe, elle est venue exprès à Paris pour le rassemblement, alertée par les réseaux sociaux. «Ce qu’elles ont fait, ce n’est pas un crime, tout juste un délit administratif», plaide-t-elle. «Elles ont déjà passé six mois en détention provisoire. Les envoyer en prison serait complètement disproportionné! Ce qu'il faudrait plutôt, c'est clarifier le système judiciaire russe. On ne devrait pas pouvoir être poursuivi comme ça pour rien.»

Intervient Iryna, Ukrainienne d’une cinquantaine d’année, complètement à contre-courant dans le rassemblement. Installée en France depuis dix ans, elle fait partie de ces fidèles de l’Eglise orthodoxe «choqués» par la prière radicale des Pussy Riot. «C’est immoral, dégradant.» De là à les expédier trois ans en camp comme le demande le procureur ? «Il faut qu’elles paient pour leurs bêtises. D’accord, trois ans c’est beaucoup. Un an peut-être?» Les avocats des Pussy Riot ont demandé leur acquittement. La peine maximum qu’elles encourent est de sept ans de camp.

Finalement, le verdict tombera à 16 heures, après la dispersion du rassemblement. Deux ans de camp pour chacune des condamnées.

 

09 Aug 2012
Procès des Pussy Riot en Russie : entre "hooliganisme" et liberté d'expression

DEBAT TELEVISE SUR FRANCE 24

 

Le procès des Pussy Riot en Russie est-il un procès politique ? Ces jeunes femmes qui ont défrayé la chronique en début d'année en surgissant sur la scène d'une cathédrale moscovite pour demander "en chanson" le départ de Vladimir Poutine risquent jusqu'à trois ans de prison. Les Pussy Riot sont-elles en train de payer pour leur opinion politique ? Peut-on encore critiquer le président Poutine en Russie ?

Les invités :

  • Alexis PROKOPIEV, Porte-parole de l'association « Russie-Libertés »
  • John LAUGHLAND, Directeur d'études, Institut pour la Démocratie et la Coopération (en direct de Bath, Royaume-Uni)
  • Pierre LORRAIN, écrivain, spécialiste de la Russie
  • Boris DURANDE,Porte-parole en France de Mikhaïl Khodorkovski

Regarder l'émission : http://www.france24.com/fr/20120809debat-Russie-Vladimir-Poutine-Liberte-dexpression-Musique-Religion-pussy-riot-partie1

 

07 Aug 2012
Pussy Riot: qui sont ces trois féministes détenues en Russie?

Têtu.com

7/08/2012

PORTRAITS. Elles risquent trois ans de détention pour une chanson punk anti-Poutine. Qui sont ces trois jeunes femmes du groupe féministe russe?

 

 

Elles sont jeunes, adorent la musique et disent ne pas être d'accord avec l'«autoritarisme» de Vladimir Poutine: les trois membres du groupe de punk rock Pussy Riot se sont rendues célèbres en quelques mois. Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch et Maria Alekhina sont jugées pour avoir chanté en février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une «prière punk» anti-Poutine dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou (lire notre article). Auparavant, elles étaient quasi inconnues du grand public.

Le procureur a requis aujourd'hui trois ans de prison. Retour sur le parcours de ces trois jeunes femmes féministes et punk.

 

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans
Membre également du groupe russe d'art contestataire Voïna, de même que son mari, Piotr Verzilov, Nadejda Tolokonnikova a participé à de nombreuses performances extrêmes de cette formation connue notamment pour avoir dessiné en 2011 un gigantesque phallus en face des bureaux du Service fédéral de sécurité (FSB, ex-KGB) sur un pont de Saint-Pétersbourg, deuxième ville de Russie. En 2008, Tolokonnikova a posé nue dans une position suggestive avec son mari dans un musée de Moscou, alors qu'elle était enceinte de neuf mois, pour protester contre l'élection de Dmitri Medvedev à la présidence russe, lors d'une performance baptisée «Naissance d'un ourson» en allusion au nom du futur chef de l'Etat («Medved» veut dire «ours» en russe).

Tolokonnikova, une brune aux yeux noirs, «très belle», selon ses admirateurs, a participé à de nombreuses manifestations contre le régime de Vladimir Poutine ou en faveur des homos. Née à Norilsk, ville industrielle du Grand Nord russe, cette étudiante à la faculté de philosophie de la prestigieuse université d'Etat de Moscou répète depuis son enfance qu'elle aime les «situations extrêmes». Tolokonnikova adore sa fille de 4 ans, Héra, baptisée en l'honneur de la déesse grecque épouse de Zeus, pour que l'enfant puisse «se défendre contre ses ennemis» comme ce fut le cas dans la mythologie grecque, selon ses amis.

 

 

 

Maria Alekhina, 24 ans
Maria Alekhina, femme mince aux cheveux châtain clair, est une militante écologiste active. Cette Moscovite s'est fait connaître à travers ses actions pour la défense du lac Baïkal (Sibérie), classé au patrimoine mondial par l'Unesco, et contre l'abattage de la forêt de Khimki, dans la banlieue de Moscou, pour construire une autoroute à péage reliant la capitale russe à Saint-Pétersbourg.

De religion orthodoxe, elle écrit des poèmes et se rend régulièrement avec des bénévoles dans un hôpital psychiatrique pour enfants à Moscou, où elle organise des activités créatives pour les jeunes malades. Etudiante à la Haute école de journalisme et de littérature de Moscou, Alekhina élève seule son fils de cinq ans, Philippe.

 

 

 

 

 

 

Ekaterina Samoutsevitch, 29 ans
Ekaterina Samoutsevitch, une brune au regard audacieux, la plus âgée des trois prévenues, aura 30 ans jeudi. Diplômée de l'Institut de l'Energie de Moscou, elle a travaillé comme informaticienne dans une entreprise du secteur militaire, notamment à la création de logiciels pour le sous-marin nucléaire Nerpa. Mais elle a quitté cette société pour une école de photographie et de multimédias (2007-2009).

Avec sa meilleure amie Nadejda Tolokonnikova, Samoutsevitch, qui se considère comme une «peintre faisant de l'art politique», a participé à tous les coups d'éclat du groupe Voïna, jetant des cancrelats dans les locaux d'un tribunal à Moscou en 2010 et embrassant des policières dans le métro de la capitale l'année suivante.

 

 

 

 

01 Aug 2012
LE PROCES DES PUSSY RIOT PEUT-IL SE RETOURNER CONTRE POUTINE

L'express.fr

Marie Simon 1/08/2012
En donnant l'impression de s'acharner contre les trois punkettes du groupe Pussy Riot, souriantes dans le box des accusés, la justice russe risque de créer un symbole de la liberté d'expression. Et de susciter un effet boomerang.

Sept ans de prison pour une minute de provocation... C'est la peine qu'encourent trois jeunes femmes, membres du groupe Pussy Riot, qui clament leur innocence, pour avoir entonné une prière punk anti-Poutine dans un lieu particulièrement sensible: la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou. Le 21 février dernier, entre les élections législatives et le scrutin présidentiel, encagoulées, avec guitares et sonorisation, elles y avaient imploré la Vierge de devenir féministre... et de chasser Vladimir Poutine du pouvoir. Souvenez-vous: 

Lire la suite de l'article : http://www.nostraberus.fr/article-videos-russie-le-proces-des-pussy-riot-peut-il-se-retourner-contre-poutine-108669959.html